La faiblesses structurelles des OMD

3/04/12

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) touchent bientôt à leur fin sans avoir tenu leurs promesses. mdgsMais le problème n’est pas tant le fait que pendant dix ans la communauté internationale n’ait pas tenu ses engagements. Le problème réside plus dans le fait que dès sa conception cet agenda souffrait de deux faiblesses structurelles : l’absence de portée universelle (tous les Etats membres des Nations Unies) et l’absence d’engagements sérieux en matière de ressources financières. La 1ère faiblesse remonte à février 1995 (moins de 3 ans après l’immense espoir suscité par le Sommet de Rio), durant le sommet social mondial de Copenhague où les états donateurs (notamment européens) refusent d’appliquer eux-mêmes les principes et engagements pourtant entérinés pendant le sommet. Lesquels traitaient pourtant de façon intégrée et globale des questions environnementales, sociales et économiques de la mondialisation (dans la droite ligne du sommet de Rio en 1992). A l’inverse, et abordant alors la question de la lutte contre la pauvreté comme un traitement social des ‘excès’ de la mondialisation, les pays donateurs inventent alors le ‘Samu social’ international : les objectifs du millénaire pour le développement. Principalement social et institutionnel cet agenda est placé au cœur du système des Nations Unies, laissant ainsi le champ libre à l’OMC, le FMI et la Banque Mondiale de continuer leurs politiques économiques découlant du consensus de Washington élaborées dans les années 80 sous l’impulsion conjointe de l’administration Reagan/Bush-père et Thatcher.

La deuxième faiblesse structurelle de l’agenda OMD découle de l’absence d’engagements sérieux en matière de financements internationaux. Il faudra prés de 5 ans à la communauté internationale pour se réengager sur un objectif d’Aide Publique au Développement vieux de 20 ans : 0,7% du PIB des membres de l’OCDE sans aucun calendrier précis, ni mécanisme de contrôle crédible. Cet objectif, même atteint, aurait à peine permis de mobiliser quelques 200 milliards de dollar (seulement la moitié en 2012) alors que toutes les estimations internationales évaluent à 400 milliards les seuls besoins de financement concernant le changements climatique.

Face à de modestes avancées et avant même que l’agenda des OMD touche à sa fin (prévue en 2015), la communauté internationale et la société civile au niveau mondial se mobilisent pour un nouvel agenda appelé « Post-2015 » (suggérant que la grande majorité de nos concitoyens et de nos responsables politiques à travers le monde connaisse ce qu’était l’agenda « 2015 »).

Cet agenda est aussi connu en anglais comme l’agenda ‘Beyond 2015’: au-delà de 2015 !

Quel crédit donner à cette nouvelle initiative laquelle répond aujourd’hui à deux initiatives distinctes au niveau institutionnel et international, sensées convergées dès 2013 ? D’une part l’agenda post-OMD (dont la définition est confiée à un panel de haut niveau rattaché directement au SG des NU) et d’autre part l’agenda des Objectifs de Développement Durable (ODD) issus de la conférence Rio+20 et dont les travaux répondent à un processus intergouvernemental mené par un groupe de travail constitué récemment par prés de 80 pays (dont pratiquement aucun pays émergent).

Ce nouvel agenda porte pourtant de nombreux espoirs notamment de voir la communauté internationale relancer la machine multilatérale bloquée depuis plus de 10 ans.

L’agenda post-2015 pourrait même représenter une réelle opportunité à conditions qu’il engage la communauté internationale…

… au-delà de 2015

La durée de 15 ans du précédent agenda a montré ses limites. De nombreux acteurs parlent alors de l’échéance 2050 mais la crainte d’un non-engagement de nos responsables politiques sur une perspective aussi lointaine porte certains à proposer des objectifs intermédiaires pour l’année 2030.

… au-delà du PIB

Il existe un consensus large et en même temps une absence totale de volonté politique de développer et d’utiliser des indicateurs internationaux qui dépassent les limitent actuelles du calcul de la croissance économique et de la création de valeur ajoutée.

… au-delà des Pays en Voie de Développement (PVD)

Tout le monde s’accorde (sauf le panel de haut niveau des NU) que l’agenda Post-2015 doit engager l’ensemble de la communauté internationale mettant ainsi fin à la division arbitraire et hors-contexte aujourd’hui, des PVD et pays développés, ou des pays du Nord et du Sud.

… au-delà du traitement social de la pauvreté

De nombreuses voix s’élèvent pour exiger un agenda basé sur les droits universels, un niveau de vie décent, la protection sociale pour tous, des emplois décents et rémunérateurs, et un changement profond de comportement en matière de consommation et de production (Développement Durable).

… au-delà de l’organisation des Nations Unies et de ses agences ‘spécialisées’

Il est globalement reconnu qu’un nouvel agenda international doit se construire sur une refonte profonde de la gouvernance internationale notamment en matière économique et doit donc mener à des réformes structurelles des Institutions Financières Internationales (IFIs), de l’Organisation Mondiale du Commerce et de la Banque Mondiale. Ces réformes doivent même être considérées comme des pré-conditions à toute nouvelle initiative de la part de la communauté internationale.

… au-delà de l’Aide Publique au Développement

L’aide publique au développement continue de jouer toute son importance en l’absence d’alternative crédible mais elle répond principalement à un cadre obsolète et struc
turellement déséquilibré. La mise en place d’une fiscalité internationale ambitieuse, ainsi que la refonte des fiscalités nationales (en mettant fin notamment aux paradis fiscaux) est la seule possibilité de mobiliser des ressources prévisibles et durables aux différents niveaux d’actions et de gouvernance.

… au-delà des gouvernements et des institutions publiques

Sans remettre en cause le rôle central des institutions publiques et de l’Etat dans la construction et la défense de l’intérêt général, le nouvel agenda devra impliquer et engager de façon explicite et systématique l’ensemble des acteurs de la société : autorités locales et traditionnelles, partis politiques, sociétés civiles, secteurs privé et académique, médias, etc. La démocratisation de nos sociétés partout dans le monde est centrale.