CONCORD Director, Seamus Jeffreson, has been invited to the General Assembly of Coordination Sud on June 15th to address the following question “Enabling environment for NGOs: What situation in France, Europe and the world?“. Here is the speech he delivered to Coordination Sud’s membership [text in French].

Traditionnellement, les ONGs européennes pour le développement se sont focalisées sur le sort de nos collègues de la société civile dans les pays partenaires et ont menées un plaidoyer auprès des institutions européennes pour que les programmes de l’Union:

  • Reconnaissent le rôle de la société civile dans la conception et la mise en oeuvre des politique de développement,
  • Qu’un vrai espace de consultation et de dialogue soit créé – y compris avec les délégations de l’UE et les ambassades de ses états membres et,
  • Qu’un financement particulier soit engagé afin de soutenir le rôle et l’action de la société civile et en tant que “chien de garde” de la politique de développement.

Hélas, ces derniers temps, nous avons dû rapatriés une partie de nos efforts pour défendre notre espace de travail européen afin de maintenir notre engagement dans le monde.

Nos collègues en Pologne ont récemment soulevé les changements inquiétants à l’égard des traitements des ONGs (y compris les ONGs de développement). Il s’agit d’une démarche de contrôle politique sur la gestion/ l’administration et le financement des ONGs. Ces propositions se sont vues accompagnées de questionnement dans les médias publics en vue de discréditer certaines ONGs considérées comme opposition du parti au pouvoir. Cette approche ne fait qu’imiter celle déjà adoptée par le gouvernement Orban en Hongrie.

Mais de manière plus inquiétante encore, la menace ne pèse pas uniquement sur la société civile des nouveaux pays membres de l’UE tels que la Hongrie ou la Pologne.

Qui a peur des ONGs?  

Selon le dernier témoignage de nos collègues à CONCORD Italia, ces derniers mois, les ONGs italiennes font face à des attaques graves par divers dirigeants politiques, attaques poursuivies par de nombreux médias nationaux sur base d’accusations non fondées et généralisées. Le thème actuel est lié aux organisations impliquées dans les opérations de sauvetage en mer des migrants. En réalité, elles criminalisent l’ensemble du système de la coopération internationale, en créant un climat dangereux de suspicion entre les citoyens et les organisations de la société civile. En quelques semaines, nous avons vu des dizaines de titres média comme celui-ci: “Plus de 8 mile débarquements en 3 jours: le rôle sombre des l’ONGs privées“, “Les ONGs pourraient déstabiliser l’économie italienne“, “ONGs, le nombre d’une entreprise criminelle”, “ONG, système criminal colossal pour le nouveau ‘Eurafrique'”.

La consultation au sein du Sénat italien se terminera, semble-t-il, avec la demande des normes plus strictes pour les ONGs. Parmi les hypothèses ventilées, la création d’une sorte de « white list » des ONGs qui acceptent de faire contrôler leur budget, et pour celles actives en mer l’obligation d’enregistrer leur position, la présence d’huissiers de justice à bord des navires et une réorganisation des ONGs sur base européenne.

Au Royaume-Uni, deux grandes ONGs environnementales ont été sanctionnées au motif qu’elles auraient enfreint une loi régulant le plaidoyer.

Même au Parlement Européen, CONCORD a dû combattre un rapport sur le “Contrôle budgétaire des ONGs” dont l’objectif était de mettre en question les motivations, influence et transparence des activités de plaidoyer des ONGs de développement et environnementales recevant un financement de l’UE.  En confondant la remise en cause des valeurs européennes avec la critique des politiques européennes, notamment sur les questions économique et commerciale, ce rapport franchit une ligne. La réponse aux réactions suscitées par le TAFTA par exemple, démontrent cette tendance à faire taire la critique citoyenne sur certains choix politiques. Si l’on peut regretter l’absence d’évaluation de l’impact que ce traité aurait sur les plus vulnérables, le manque d’enthousiasme de la part des citoyens européens peut aussi s’expliquer par la faible communication des institutions sur ce sujet, et ainsi naturellement, le sentiment que leurs inquiétudes n’étaient pas entendues. Ce n’est pas l’intégralité du projet européen et ses valeurs qui ont été remises en cause par la société civile, mais seulement une direction politique en particulier.

Ces attaques désormais récurrentes contre les organisations de la société civile créent une atmosphère de défiance vis-à-vis du contre-pouvoir démocratique indispensable qu’elles représentent. Le plus grand risque serait qu’en l’état, la société civile s’auto-censure, y compris pour protéger les activités menées en dehors de l’Europe.

Nous devons et restons néanmoins confiants dans notre capacité à repousser ces tentatives d’intimidation, grâce à la force de notre action collective. Lors des attaques en Italie, nous nous sommes réunis pour soutenir nos partenaires. En Espagne, une interdiction de manifester devant le Parlement à démontrer la force novatrice des ONGs et mouvements sociaux qui ont contrecarré l’interdiction en projetant une manifestation virtuelle – en hologramme – contre les murs du parlement.

Etapes pratiques pour réagir

La solidarité est la clef de voûte de notre travail. Même lorsque ce ne sont pas nos membres qui sont menacés, le concept de solidarité fait partie de l’ADN des ONGs (de développement): se battre pour la défense des droits LGBTIQ par exemple, fait partie d’un combat global pour la solidarité, qui rassemble toutes les minorités au delà des clivages politiques, et qui concerne donc aussi les organisations de développement.

Répondre, en toute occasion, aux commentaires d’articles en ligne; s’adresser par lettre aux autorités publiques lorsqu’elles proposent des mesures néfastes; utiliser les réseaux sociaux pour véhiculer l’information… Cette implication quotidienne doit éveiller la conscience citoyenne, tant vis-à-vis des politiques que des actions menées par les entreprises et marques devenues repères du grand public.

Pour cela, nous devons aussi nous démarquer en faisant vivre les principes tel que la bonne gouvernance, la participation, la transparence ou bonne gestion des fonds publics, au sein de nos propres organisations, afin de vaincre la croyance, compréhensible, des citoyens que les organisations de la société civile et les pouvoirs publics ne sont que l’envers et l’endroit de la même pièce.

Je suis convaincu qu’ensemble, notre conviction combinée à notre créativité nous permettront de réhabiliter notre rôle et mener à bien nos activités dans la poursuite de la solidarité et de la justice sociale à travers le monde.